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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
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NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).


Books: Les Noces Chimiques

C >> Christian Rosencreutz >> Les Noces Chimiques

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Ce sermon nous surprit beaucoup, car en voyant les vierges et les
musiciens nous avions cru qu'on allait danser.

Cependant les poids dont nous parlions plus haut étaient encore à leur
place; la reine--j'ignore qui elle était--invita chaque vierge à
prendre l'un des poids, puis elle donna le sien qui était le dernier
et le plus lourd à notre vierge et nous ordonna de nous mettre à leur
suite. C'est ainsi que notre gloire majestueuse se trouva un peu
rabaissée; car je m'aperçus facilement que notre vierge n'avait été
que trop bonne pour nous et que nous n'inspirions point une si haute
estime que nous commencions presque à nous l'imaginer.

Nous suivîmes donc en ordre et l'on nous conduisit dans une première
salle. Là, notre vierge suspendit le poids de la reine le premier,
tandis qu'on chanta un beau cantique. Dans cette salle, il n'y avait
de précieux que quelques beaux livres de prières qu'il nous était
impossible d'atteindre. Au milieu de la salle se trouvait un prie-dieu;
la reine s'y agenouilla et nous nous prosternâmes tous autour d'elle
et répétâmes la prière que la vierge lisait dans l'un des livres; nous
demandâmes avec ferveur que ces noces s'accomplissent à la gloire de
Dieu et pour notre bien.

Ensuite nous parvînmes à la seconde salle, où la première vierge
suspendit à son tour le poids qu'elle portait; et ainsi de suite,
jusqu'à ce que toutes les cérémonies fussent accomplies. Alors la
reine tendit de nouveau la main à chacun de nous et se retira
accompagnée de ses vierges.

Notre présidente resta encore un instant parmi nous; mais comme il
était presque deux heures de la nuit elle ne voulut pas nous retenir
plus longtemps;--j'ai cru remarquer à ce moment qu'elle se plaisait en
notre société.--Elle nous souhaita donc une bonne nuit, nous engagea à
dormir tranquilles et se sépara ainsi de nous amicalement, presqu'à
contre-coeur.

Nos pages, qui avaient reçu des ordres, nous conduisirent dans nos
chambres respectives, et afin que nous puissions nous faire servir en
cas de besoin, notre page reposait dans un second lit installé dans la
même chambre. Je ne sais comment étaient les chambres de mes
compagnons, mais la mienne était meublée royalement et garnie de tapis
et de tableaux merveilleux. Cependant je préférais à tout cela la
compagnie de mon page qui était si éloquent et si versé dans les arts
que je pris plaisir à l'écouter pendant une heure encore, de sorte que
je ne m'endormis que vers trois heures et demie.

Ce fut ma première nuit tranquille; cependant un rêve importun ne me
laissait pas jouir du repos tout à mon aise, car toute la nuit je
m'acharnais sur une porte que je ne pouvais ouvrir, finalement j'y
réussis. Ces fantaisies troublèrent mon sommeil jusqu'à ce que le jour
m'éveillât enfin.




QUATRIÈME JOUR


Je reposais encore sur ma couche en regardant tranquillement les
tableaux et les statues admirables quand j'entendis soudain les
accords de la musique et le son du triangle; on aurait cru que la
procession était déjà en marche. Alors mon page sauta de son lit comme
un fou, avec un visage si bouleversé qu'il ressemblait bien plus à un
mort qu'à un vivant. Qu'on s'imagine mon désarroi lorsqu'il me dit
qu'à l'instant même mes compagnons étaient présentés au Roi. Je ne pus
que pleurer à chaudes larmes et maudire ma propre paresse, tout en
m'habillant à la hâte. Cependant mon page fut prêt bien avant moi et
sortit de l'appartement en courant pour voir où en étaient les choses.
Il revint bientôt avec l'heureuse nouvelle que rien n'était perdu, que
j'avais seulement manqué le déjeuner parce qu'on n'avait pas voulu me
réveiller à cause de mon grand âge, mais qu'il était temps de le
suivre à la fontaine où mes compagnons étaient déjà assemblés pour la
plupart. A cette nouvelle je repris mon calme; j'eus donc bientôt
achevé ma toilette et je suivis mon page à la fontaine.

Après les salutations d'usage, la vierge me plaisanta de ma paresse et
me conduisit par la main à la fontaine. Alors je constatai qu'au lieu
de son épée, le lion tenait une grande dalle gravée. Je l'examinai
avec soin et je découvris qu'elle avait été prise parmi les monuments
antiques et placée ici pour cette circonstance. La gravure était un
peu effacée à cause de son ancienneté; je la reproduis ici exactement
pour que chacun puisse y réfléchir.

PRINCE HERMÈS,
APRÈS TOUT LE DOMMAGE
FAIT AU GENRE HUMAIN,
RÉSOLU PAR DIEU:

PAR LE SECOURS DE L'ART,
JE SUIS DEVENU REMÈDE SALUBRE;
JE COULE ICI.

Boive qui peut de mes eaux; s'en lave qui veut;
les trouble qui l'ose.
BUVEZ, FRÈRES, ET VIVEZ.

[NocesChimiqes-2.png]

[ _Hermes Princeps, post tot illata generi humano damna, Dei
consilio: Artisque adminiculo, medecina salubris factus; heic
fluo. Bibat ex me qui potest; lavet qui vult; bibite Fratres, et
vivite._]

Cette inscription était donc facile à lire et à comprendre; aussi
l'avait-on placée ici, parce qu'elle était plus aisée à déchiffrer
qu'aucune autre.

Après nous être lavés d'abord à cette fontaine, nous bûmes dans une
coupe tout en or. Puis nous retournâmes avec la vierge dans la salle
pour y revêtir des habits neufs. Ces habits avaient des parements
dorés et brodés de fleurs; en outre chacun reçut une deuxième Toison
d'or garnie de brillants, et de toutes ces Toisons se dégageaient des
influences selon leur puissance opérante particulière. Une lourde
médaille en or y était fixée; sur la face on voyait le soleil et la
lune face à face; le revers portait ces mots: Le rayonnement de la
Lune égalera le rayonnement du Soleil; et le rayonnement du Soleil
deviendra sept fois plus éclatant. Nos anciens ornements furent
déposés dans des cassettes et confiés à la garde de l'un des
serviteurs. Puis notre vierge nous fit sortir dans l'ordre.

Devant la porte les musiciens habillés de velours rouge à bordure
blanche nous attendaient déjà. On ouvrit alors une porte--que j'avais
toujours vue fermée auparavant,--donnant sur l'escalier du Roi.

La vierge nous fit entrer avec les musiciens et monter trois cent
soixante-cinq marches. Dans cet escalier de précieux travaux
artistiques étaient réunis; plus nous montions plus les décorations
étaient admirables; nous atteignîmes enfin une salle voûtée embellie
de fresques.

Les soixante vierges, toutes vêtues richement, nous y attendaient;
elles s'inclinèrent à notre approche et nous leur rendîmes leur salut
du mieux que nous pûmes; puis on congédia les musiciens qui durent
redescendre l'escalier.

Alors, au son d'une petite clochette, une belle vierge parut et donna
une couronne de laurier à chacun de nous; mais à notre vierge elle en
remit une branche. Puis un rideau se souleva et j'aperçus le Roi et la
Reine.

Quelle n'était la splendeur de leur majesté!

Si je ne m'étais souvenu des sages conseils de la reine d'hier, je
n'aurais pu m'empêcher, débordant d'enthousiasme, de comparer au ciel
cette gloire indicible. Certes, la salle resplendissait d'or et de
pierreries; mais le Roi et la Reine étaient tels que mes yeux ne
pouvaient soutenir leur éclat. J'avais contemplé, jusqu'à ce jour,
bien des choses admirables, mais ici les merveilles se surpassaient
les unes les autres, telles les étoiles du ciel.

Or, la vierge s'étant approchée, chacune de ses compagnes prit l'un de
nous par la main et nous présenta au Roi avec une profonde révérence;
puis la vierge parla comme suit:

«En l'honneur de Vos Majestés Royales, Très Gracieux Roi et Reine, les
seigneurs ici présents ont affronté la mort pour parvenir jusqu'à
Vous. Vos Majestés s'en réjouiront à bon droit car, pour la plupart,
ils sont qualifiés pour agrandir le royaume et le domaine de Vos
Majestés, comme Elles pourront s'en assurer en éprouvant chacun. Je
voudrais donc les présenter très respectueusement à Vos Majestés, avec
l'humble prière de me tenir quitte de ma mission et de bien vouloir
prendre connaissance de la manière dont je l'ai accomplie, en
interrogeant chacun». Puis elle déposa sa branche de laurier.

Maintenant, il aurait été convenable que l'un de nous dise aussi
quelques mots. Mais comme nous étions tous trop émus pour prendre la
parole, le vieil Atlas finit par s'avancer et dit au nom du Roi:

«Sa Majesté Royale se réjouit de votre arrivée et vous accorde sa
grâce royale, à vous tous réunis ainsi qu'à chacun en particulier.
Elle est également très satisfaite de l'accomplissement de ta mission,
chère vierge, et, comme récompense, il te sera réservé un don du Roi.
Sa Majesté pense cependant que tu devrais les guider aujourd'hui
encore car ils ne peuvent avoir qu'une grande confiance en toi».

La vierge reprit donc humblement la branche de laurier et nous nous
retirâmes pour la première fois, accompagnés par nos vierges.

La salle était rectangulaire à l'avant, cinq fois aussi large que
longue, mais, au bout elle prenait la forme d'un hémicycle, complétant
ainsi, en plan, l'image d'un porche; dans l'hémicycle, on avait
disposé suivant la circonférence du cercle trois admirables sièges
royaux; celui du milieu était un peu surélevé.

Le premier siège était occupé par un vieux roi à barbe grise, dont
l'épouse était par contre très jeune et admirablement belle.

Un roi noir, dans la force de l'âge était assis sur le troisième
siège; à son côté on voyait une vieille petite mère, non couronnée,
mais voilée.

Le siège du milieu était occupé par deux adolescents; ils étaient
couronnés de lauriers et au-dessus d'eux était suspendu un grand et
précieux diadème. Ils n'étaient pas aussi beaux à ce moment que je me
l'imaginais, mais ce n'était pas sans raison.

Plusieurs hommes, des vieillards pour la plupart, avaient pris place
derrière eux sur un banc circulaire. Or, chose surprenante, aucun
d'eux ne portait d'épée ni d'autre arme; en outre je ne vis point de
garde du corps, sinon quelques vierges qui avaient été parmi nous hier
et qui s'étaient placées le long des deux bas-côtés aboutissant à
l'hémicycle.

Je ne puis omettre ceci: Le petit Cupidon y voletait. La grande
couronne exerçait un attrait particulier sur lui; on l'y voyait
voltiger et tournoyer de préférence. Parfois il s'installait entre les
deux amants, en leur montrant son arc en souriant; quelquefois même il
faisait le geste de vous viser avec cet arc; enfin ce petit dieu était
si malicieux qu'il ne ménageait même pas les petits oiseaux qui
volaient nombreux dans la salle, mais il les tourmentait chaque fois
qu'il le pouvait. Il faisait la joie et la distraction des vierges;
quand elles pouvaient le saisir il ne s'échappait pas sans peine.
Ainsi toute réjouissance et tout plaisir venaient de cet enfant.

Devant la Reine se trouvait un autel de dimensions restreintes mais
d'une beauté incomparable; sur cet autel un livre couvert de velours
noir rehaussé de quelques ornements en or très simples; à côté une
petite lumière dans un flambeau d'ivoire. Cette lumière quoique toute
petite brûlait, sans s'éteindre jamais, d'une flamme tellement
immobile que nous ne l'eussions point reconnu pour un feu si
l'espiègle Cupidon n'avait soufflé dessus de temps en temps. Près du
flambeau se trouvait une sphère céleste, tournant autour de son axe;
puis une petite horloge à sonnerie près d'une minuscule fontaine en
cristal, d'où coulait à jet continu une eau limpide couleur rouge
sang. A côté, une tête de mort, refuge d'un serpent blanc, tellement
long que malgré qu'il fit le tour des autres objets, sa queue était
encore engagée dans l'un des yeux, alors que sa tête rentrait dans
l'autre. Il ne sortait donc jamais complètement de la tête de mort,
mais quand Cupidon s'avisait à le pincer, il y rentrait avec une
vitesse stupéfiante.

En outre de ce petit autel, on remarquait ça et là dans la salle des
images merveilleuses, qui se mouvaient comme si elles étaient vivantes
avec une fantaisie tellement étonnante qu'il m'est impossible de la
dépeindre ici. Ainsi, au moment où nous sortions, un chant tellement
suave s'éleva dans la salle que je ne saurais dire s'il s'élevait du
choeur des vierges qui y étaient restées ou des images mêmes.

Nous quittâmes donc la salle avec nos vierges, heureux et satisfaits
de cette réception; nos musiciens nous attendaient sur le palier et
nous descendîmes en leur compagnie; derrière nous la porte fut fermée
et verrouillée avec soin.

Quand nous fûmes de retour dans notre salle, l'une des vierges
s'exclama:

«Ma soeur, je suis étonnée que tu aies osé te mêler à tant de monde».

--«Chère soeur», répondit notre présidente, «celui-ci m'a fait plus de
peur qu'aucun autre».

Et ce disant elle me désigna. Ces paroles me firent de la peine car je
compris qu'elle se moquait de mon âge; j'étais en effet le plus âgé.
Mais elle ne tarda pas à me consoler avec la promesse de me
débarrasser de cette infirmité à condition de rester dans ses bonnes
grâces.

Puis le repas fut servi et chacun prit place à côté de l'une des
vierges dont la conversation instructive absorba toute notre
attention; mais je ne puis trahir les sujets de leurs causeries et de
leurs distractions. Les questions de la plupart de mes compagnons
avaient trait aux arts; j'en conclus donc que les occupations
favorites de tous, tant jeunes que vieux, se rattachaient à l'art.
Mais moi, j'étais obsédé par la pensée de pouvoir redevenir jeune et
j'étais un peu plus triste à cause de cela. La vierge s'en aperçut
fort bien et s'écria:

«Je sais bien ce qui manque à ce jouvenceau. Que gagez-vous qu'il sera
plus gai demain, si je couche avec lui la nuit prochaine?»

À ces mots elles partirent d'un éclat de rire et quoique le rouge me
montât au visage, je dus rire moi-même de ma propre infortune. Mais
l'un de mes compagnons se chargea de venger cette offense et dit:

«J'espère que non seulement les convives, mais aussi tes vierges ici
présentes ne refuseront pas de témoigner pour notre frère et
certifieront que notre présidente lui a formellement promis de
partager sa couche cette nuit».

Cette réponse me remplit d'aise; la vierge répliqua:

«Oui, mais il y a mes soeurs; elles ne me permettraient jamais de
garder le plus beau sans leur consentement».

--«Chère soeur», s'écria l'une d'elles, «nous sommes ravies de
constater que ta haute fonction ne t'a pas rendue fière. Avec ta
permission, nous voudrions bien tirer au sort les seigneurs que voici,
afin de les partager entre nous comme compagnons de lit; mais tu
auras, avec notre consentement, la prérogative de garder le tien».

Cessant de plaisanter sur ce sujet nous reprenions notre conversation;
mais notre vierge ne put nous laisser tranquilles et recommença
aussitôt:

«Mes seigneurs, si nous laissions à la fortune le soin de désigner
ceux qui dormiront ensemble aujourd'hui?»

--«Eh bien!» dis-je, «s'il le faut absolument nous ne pouvons refuser
cette offre».

Nous convînmes d'en faire l'expérience aussitôt après le repas; alors
aucun de nous ne voulant s'y attarder plus longtemps, nous nous
levâmes de table; de même nos vierges. Mais notre présidente nous dit:

«Non, le temps n'en est pas encore venu. Voyons cependant comment la
fortune nous assemblera».

Nous quittâmes nos compagnes pour _discuter_ sur la manière de
réaliser ce projet, mais cela était bien inutile et les vierges nous
avaient séparés d'elles à dessein. En effet, la présidente nous
proposa bientôt de nous placer en cercle dans un ordre quelconque;
elle nous compterait alors en commençant par elle-même et le septième
devrait se joindre au septième suivant, quel qu'il fût. Nous ne nous
aperçûmes d'aucune supercherie; mais les vierges étaient tellement
adroites qu'elles parvinrent à prendre des places déterminées tandis
que nous pensions être bien mêlés et placés au hasard. La vierge
commença donc à compter; après elle, la septième personne fut une
vierge, en troisième lieu encore une vierge et cela continua ainsi
jusqu'à ce que toutes les vierges fussent sorties, à notre grand
ébahissement, sans que l'un de nous eût quitté le cercle. Nous
restions donc seuls, en butte à la risée des vierges, et nous dûmes
confesser que nous avions été trompés fort habilement. Car il est
certain que quiconque nous aurait vu dans notre ordre aurait plutôt
supposé que le ciel s'écroulerait que de nous voir tous éliminés. Le
jeu se termina donc ainsi et il fallut laisser rire les vierges à nos
dépens.

Cependant le petit Cupidon vint nous rejoindre de la part de Sa
Majesté Royale, sur l'ordre de Qui une coupe circula parmi nous; il
pria notre vierge de se rendre près du Roi et nous déclara qu'il ne
pouvait rester plus longtemps en notre compagnie pour nous distraire.
Mais la gaieté étant communicative, mes compagnons organisèrent
rapidement une danse, avec l'assentiment des vierges. Je préférais
rester à l'écart et je prenais grand plaisir à les regarder; car, à
voir mes mercurialistes se mouvoir en cadence, on les aurait pris pour
des maîtres en cet art.

Mais bientôt notre présidente revint et nous annonça que les artistes
et les _étudiants_ s'étaient mis à la disposition de Sa Majesté Royale
pour donner, avant Son départ, une comédie joyeuse en Son honneur et
pour Son plaisir; il serait agréable à Sa Majesté Royale et Elle nous
serait gracieusement reconnaissante si nous voulions bien assister à
la représentation et accompagner Sa Majesté à la Maison Solaire. En
remerciant très respectueusement pour l'honneur qu'on nous faisait,
nous _offrîmes_ bien humblement nos faibles services, non seulement
dans le cas présent mais en toutes circonstances. La vierge se chargea
de cette réponse et revint bientôt avec l'ordre de nous ranger sur le
passage de Sa Majesté Royale. On nous y conduisit bientôt et nous
n'attendîmes pas la procession royale car elle y était déjà; les
musiciens ne l'accompagnaient pas.

En tête du cortège s'avançait la reine inconnue qui avait été parmi
nous hier, portant une petite couronne précieuse et revêtue de satin
blanc; elle ne tenait rien qu'une croix minuscule faite d'une petite
perle, qui avait été placée entre le jeune Roi et sa fiancée ce jour
même. Cette reine était suivie des six vierges nommées plus haut qui
marchaient en deux rangs et portaient les joyaux du Roi que nous
avions vus exposés sur le petit autel. Puis vinrent les trois rois, le
fiancé étant au milieu. Il était mal vêtu, en satin noir, à la mode
italienne, coiffé d'un petit chapeau rond noir, garni d'une petite
plume noire et pointue. Il se découvrit amicalement devant nous, afin
de nous montrer sa condescendance; nous nous inclinâmes comme nous
l'avions fait auparavant. Les rois étaient suivis des trois reines
dont deux étaient vêtues richement; par contre le troisième qui
s'avançait entre les deux autres, était tout en noir et Cupidon lui
portait la traîne. Puis on nous fit signe de suivre. Après nous
vinrent les vierges et enfin le vieil Atlas ferma la procession.

C'est ainsi qu'on nous conduisit par maints passages admirables à la
Maison du Soleil; et là nous prîmes place sur une estrade
merveilleuse, non loin du Roi et de la Reine, pour assister à la
comédie. Nous nous tenions à la droite des rois:--mais séparés
d'eux,--les vierges à notre droite, excepté celles à qui la Reine
avait donné des insignes. A ces dernières, des places particulières
étaient réservées tout en haut; mais les autres serviteurs durent se
contenter des places entre les colonnes, tout en bas.

Cette comédie suggère bien des réflexions particulières; je ne puis
donc omettre d'en rappeler ici brièvement le sujet.


PREMIER ACTE


Un vieux roi apparaît entouré de ses serviteurs; on apporte devant son
trône un petit coffret que l'on dit avoir trouvé sur l'eau. On l'ouvre
et on y découvre une belle enfant, puis à côté de quelques joyaux, une
petite missive en parchemin, adressée au roi. Le roi rompt le cachet
aussitôt et, ayant lu la lettre, se met à pleurer. Puis il dit à ses
courtisans que le roi des nègres a envahi et dévasté le royaume de sa
cousine, et exterminé toute la descendance royale sauf cette enfant.

Or, le roi avait fait le projet d'unir son fils à la fille de sa
cousine; il jure donc une inimitié éternelle au nègre et à ses
complices et décide de se venger. Il ordonne ensuite que l'on élève
l'enfant avec soin et que l'on fasse des préparatifs de guerre contre
le nègre.

Ces préparatifs, ainsi que l'éducation de la fillette--elle fut
confiée à un vieux précepteur dès qu'elle eut grandi un
peu,--emplissent tout le premier acte par leur développement plein de
finesse et d'agrément.


_Entr'acte_


Combat d'un lion et d'un griffon; nous vîmes parfaitement que le lion
fut vainqueur.


DEUXIÈME ACTE


Chez le roi nègre; ce perfide vient d'apprendre avec rage que le
meurtre n'est pas resté secret et que, de plus, une fillette lui a
échappé par ruse. Il réfléchit donc aux artifices qu'il pourrait
employer contre son puissant ennemi; il écoute ses conseillers, gens
pressés par la famine qui se sont réfugiés près de lui. Contre toute
attente la fillette tombe donc de nouveau dans ses mains et il la
ferait mettre à mort immédiatement s'il n'était trompé d'une manière
fort singulière par ses propres courtisans. Cet acte se termine donc
par le triomphe du nègre.


TROISIÈME ACTE


Le roi réunit une grande armée et la met sous les ordres d'un vieux
chevalier valeureux. Ce dernier fait irruption dans le royaume du
nègre, délivre la jeune fille de sa prison et l'habille richement. On
élève ensuite rapidement une estrade admirable et on y fait monter la
vierge. Bientôt arrivent douze envoyés du roi. Alors le vieux
chevalier prend la parole et apprend à la vierge comment son très
gracieux Seigneur, le Roi, ne l'avait pas seulement délivrée une
seconde fois de la mort, après lui avoir donné une éducation
royale,--et ceci quoiqu'elle ne se soit pas toujours conduite comme
elle l'aurait dû--mais encore que Sa Majesté Royale l'avait choisie
comme épouse pour son jeune seigneur et fils et donnait ordre de
préparer les fiançailles; celles-ci devaient avoir lieu dans certaines
conditions. Puis, dépliant un parchemin, il donne lecture de ces
conditions, qui seraient bien dignes d'être relatées ici si cela ne
nous entraînait trop loin.

Bref, la vierge prête le serment de les observer fidèlement et
remercie en outre avec grâce pour l'aide et les faveurs qui lui ont
été accordées.

Cet acte se termine par des chants à la louange de Dieu, du Roi et de
la vierge.


_Entr'acte_


On nous montra les quatre animaux de Daniel tels qu'ils lui apparurent
dans sa vision et tels qu'il les décrit minutieusement. Tout cela a
une signification bien déterminée.


QUATRIÈME ACTE


La vierge a repris possession de son royaume perdu; on la couronne et
elle paraît sur la place dans toute sa magnificence au milieu de cris
de joie. Ensuite les ambassadeurs, en grand nombre font leur entrée
pour lui transmettre des voeux de bonheur et pour admirer sa
magnificence. Mais elle ne persévère pas longtemps dans la piété car
elle recommence déjà à jeter des regards effrontés autour d'elle, à
faire des signes aux ambassadeurs et aux seigneurs, et, vraiment, elle
ne montre aucune retenue.

Le nègre, bientôt instruit des moeurs de la princesse en tire parti
adroitement. Cette dernière, trompant la surveillance de ses
conseillers, se laisse aveugler facilement par une promesse
fallacieuse, de sorte que, pleine de défiance pour son Roi, elle se
livre peu à peu, et en secret, au nègre. Alors celui-ci accourt et
quand elle a consenti à reconnaître sa domination, il parvient par
elle à subjuguer tout le royaume. Dans la troisième scène de cet acte
il la fait emmener, puis dévêtir complètement, attacher au pilori sur
un grossier échafaud et fouetter; finalement il la condamne à mort.

Tout cela était si pénible à voir que les larmes vinrent aux yeux à
beaucoup des nôtres.

Ensuite la vierge est jetée toute nue dans une prison pour y attendre
la mort par le poison. Or ce poison, ne la tue pas mais la rend
lépreuse.

Ce sont donc des événements lamentables qui se déroulent au cours de
cet acte.


_Entr'acte_


On exposa un tableau représentant Nabuchodonosor portant des armes de
toutes sortes, à la tête, à la poitrine, au ventre, aux jambes, aux
pieds, etc... Nous en reparlerons par la suite.


CINQUIÈME ACTE


On apprend au jeune roi ce qui s'est passé entre sa future épouse et
le nègre. Il intervient aussitôt auprès de son père avec la prière de
ne point la laisser dans cette affliction. Le père ayant accédé à ce
désir, des ambassadeurs sont envoyés pour consoler la malade dans sa
prison et aussi pour la réprimander pour sa légèreté. Mais elle ne
veut pas les accueillir et consent à devenir la concubine du nègre.
Tout cela est rapporté au roi.

Voici maintenant un choeur de fous, tous munis de leur bâton; avec ces
bâtons ils échafaudent une grande sphère terrestre et la démolissent
aussitôt. Et cela fut une fantaisie fine et amusante.

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